Un sondage Ipsos sur les préférences partisanes a omis La France insoumise, les Écologistes et le Parti communiste. Cette absence interroge sur les choix méthodologiques des instituts de sondage à l’approche de la présidentielle 2027. Analyse d’une polémique qui dépasse le simple questionnaire.
Présidentielle 2027 : une omission contestée dans un sondage Ipsos
La rentrée politique s’accompagne de son lot de sondages. Mercredi, une internaute a partagé sur X une capture d’écran d’un sondage en ligne réalisé par Ipsos. À la question « D’une manière générale, à quel parti vous identifiez-vous ? », plusieurs options étaient proposées : le Rassemblement national, le Parti socialiste, Les Républicains, mais aucun représentant de la gauche radicale ou écologiste. La France insoumise, les Écologistes et le Parti communiste n’apparaissaient pas dans la liste.
La sondée a dû cocher la case « autre » et écrire elle-même le nom de son parti. « Un peu orienté ce sondage, non ? », a-t-elle commenté. Son message a suscité des centaines de réactions, souvent indignées. Certains y voient une tentative de minimiser le poids de la gauche à l’approche des élections.
La gauche politique représente pourtant près de 22 % des intentions de vote
Selon le dernier baromètre Harris Interactive-Toluna, ces trois formations captent ensemble près de 22 % des suffrages. Un chiffre qui rend l’omission difficile à justifier. Les sénateurs et députés de ces partis ont rapidement réagi, dénonçant une « invisibilisation » politiquement dangereuse.
Ce n’est pas la première fois qu’un institut omet des forces politiques. Mais le contexte de la présidentielle 2027 rend la bourde plus sensible. Les électeurs de gauche, déjà méfiants envers les enquêtes d’opinion, y voient la confirmation d’un biais structurel.
Méthodologie des sondages : des choix qui interrogent
L’explication d’Ipsos, livrée au Parisien, se veut technique. Le sondage a été réalisé via la plateforme iSay, ouverte à un panel d’internautes volontaires. Les partis proposés seraient ceux ayant obtenu plus de 3 % des voix aux dernières législatives. Or, les trois formations de gauche dépassent ce seuil.
Autre anomalie : le questionnaire proposait encore le parti « En Marche ! », renommé « La République en marche » en 2017, puis « Renaissance » en 2022. Cette coquille suggère que la liste n’a pas été actualisée depuis plusieurs années, bien que les mentions légales affichent une date récente, en 2026.
Les instituts de sondage affirment souvent que la méthode prime sur le contenu. Mais ce type d’erreur alimente la défiance. Une question demeure : qui contrôle la qualité des listes de partis proposées dans les questionnaires ?
Les partis absents du questionnaire : un casse-tête électoral
Pour les militants, cette absence a un effet concret. Ne pas apparaître dans un choix de réponse, c’est ne pas exister dans l’esprit des personnes interrogées. Voici les formations concernées et leur poids mesuré :
- 🇫🇷 La France insoumise : environ 12 % d’intentions de vote, premier parti de gauche
- 🌿 Les Écologistes : environ 6 %, alliés potentiels du PS
- 🕊️ Le Parti communiste : environ 3,5 %, en partenariat avec d’autres forces
Ces trois partis ont d’ailleurs entamé des discussions pour une candidature commune. Leur omission dans un sondage national survient au pire moment, alors que les négociations s’accélèrent.
Politique et sondages : une relation sous tension avant les élections
Cette affaire illustre un malaise plus large. Les instituts doivent composer avec des paysages politiques instables, des affiliations fluctuantes et des échelles d’analyse différentes. Mais l’erreur commise par Ipsos repose aussi une question de fond : est-il acceptable qu’un panel volontaire détermine la visibilité des partis ?
Selon plusieurs experts en méthodes quantitatives, l’auto-administration en ligne accentue le risque d’écarts entre le questionnaire et les listes officielles. Les enquêtes téléphoniques ou en face-à-face incluent plus souvent des options « autre » avec une relance orale. Sur une interface numérique, la lassitude du répondant le pousse à choisir une option proposée plutôt que d’écrire manuellement.
Cette dépendance aux choix préremplis a des effets systémiques. Les partis émergents ou récents, comme ceux de la gauche unie, sont pénalisés. À l’inverse, les forces politiques installées depuis plus d’une décennie conservent un avantage, même lorsque leur nom a changé.
Le débat dépasse désormais le cas Ipsos. Des parlementaires de gauche ont annoncé saisir la Commission des sondages pour vérifier la conformité de cette enquête aux règles en vigueur avant la présidentielle 2027. La commission dispose d’un pouvoir de contrôle limité, mais sa saisine possède une portée politique.
En attendant, Ipsos n’a pas modifié son questionnaire. Une mise à jour a été effectuée pour les prochaines vagues, sans communication officielle. La plateforme iSay reste accessible, avec la même interface

Journaliste de terrain spécialisée en géopolitique du Moyen-Orient, elle suit les affaires judiciaires et politiques iraniennes depuis dix ans. Formée à croiser les sources, elle privilégie les faits bruts aux interprétations hâtives.