Un sondage Ipsos-BVA publié le 2 août dans La Tribune Dimanche mesure une « gaullo-nostalgie » tenace. 87% des Français voient en Charles de Gaulle un modèle politique. Mais 50% estiment qu’il n’a pas d’héritier dans le paysage actuel. 📊
De Gaulle « modèle politique » : 87% d’avis favorables, mais un débat sur l’actualité du modèle
La figure du Général reste centrale dans l’imaginaire national. Le succès récent d’une duologie au cinéma, à environ 6,2 millions d’entrées, renforce cette présence culturelle. 🎬
Le sondage montre toutefois une fracture nette sur l’usage politique du gaullisme aujourd’hui. 41% pensent qu’on peut encore s’en inspirer, quand 46% jugent ce modèle dépassé pour la période actuelle. L’écart dit une admiration, pas forcément une feuille de route. 🔎
Qui considère encore De Gaulle comme une référence politique directe ?
Selon Brice Teinturier, dirigeant d’Ipsos-BVA, l’attachement le plus « politique » au gaullisme se concentre chez des profils âgés et historiquement ancrés à droite, avec une place à part pour les sympathisants LR. Cette géographie électorale du souvenir pèse sur les lectures du sondage. 🧭
Exemple concret : dans une réunion publique à thème institutionnel, le nom de De Gaulle surgit souvent dès que la discussion touche à l’autorité de l’État. Le Général sert alors de point de comparaison, plus que de programme détaillé. La référence agit comme un repère moral. 🗣️
Ce désaccord sur « l’actualité » du modèle ouvre la question suivante : s’il inspire encore, qui pourrait en porter l’héritage ?
50% des Français ne voient aucun héritier politique de De Gaulle aujourd’hui
Le chiffre est massif : un Français sur deux ne reconnaît aucune personnalité contemporaine comme héritière. Le test a été posé sur un éventail large, de Gabriel Attal à Éric Zemmour, en passant par Édouard Philippe. Résultat : le gaullisme apparaît comme une référence citée, mais rarement incarnée. 🧩
Pourquoi ce vide perçu ? Parce que l’héritage gaullien combine plusieurs exigences difficiles à réunir. L’autorité institutionnelle, la capacité de rassembler, et une idée précise de l’indépendance nationale. Peu de responsables cochent ces cases aux yeux d’une majorité. ⚖️
Les personnalités citées comme héritiers : le RN en tête, un paradoxe historique
Parmi ceux qui désignent un héritier, Jordan Bardella arrive en premier avec 14%, suivi de Marine Le Pen à 13%. Les deux principales figures du Rassemblement national dominent donc les réponses, alors même que ce courant a longtemps revendiqué un antigaullisme marqué. Ce renversement résume une époque où le symbole circule entre camps. 🧨
Derrière, Dominique de Villepin récolte 9%. Puis viennent Édouard Philippe et Bruno Retailleau à 8%, au même niveau que Éric Ciotti et Éric Zemmour. La dispersion confirme l’absence de figure consensuelle. 🗳️
La hiérarchie des noms n’explique pas tout. Le plus instructif reste ce que les Français mettent derrière le mot « gaullisme ».
L’héritage de De Gaulle selon les Français : résistance, rassemblement, indépendance
Le sondage isole plusieurs marqueurs. En tête, l’esprit de résistance arrive à 41%. Juste derrière, la volonté de rassembler les Français est citée par 40%. Puis vient l’indépendance vis-à-vis des grandes puissances à 39%. 🇫🇷
Ces réponses renvoient à des épisodes concrets, comme l’appel du 18 Juin ou les choix diplomatiques des années 1960. Elles dessinent un triptyque : tenir bon, unir, et décider sans se placer sous tutelle. un héritage plus narratif que partisan. 📚
Liste des traits du gaullisme les plus cités et ce qu’ils impliquent aujourd’hui
- 🛡️ Esprit de résistance (41%) : une attente de fermeté face aux crises et aux pressions.
- 🤝 Rassembler les Français (40%) : une demande d’apaisement dans un pays fragmenté.
- 🌍 Indépendance nationale (39%) : une sensibilité forte aux rapports de force internationaux.
- 🏛️ Fondation de la Ve République (30%) : un attachement au cadre institutionnel, même discuté.
Ce socle explique pourquoi la comparaison au Général revient dès qu’il est question d’autorité et de cohésion. Le gaullisme sert de mètre étalon. 📏
Classement des « héritiers » cités : un paysage dispersé, des écarts serrés
Les résultats détaillés montrent une distribution en petits blocs. Les scores restent bas, car 50% ne choisissent personne. Cette dispersion pèse sur la crédibilité de toute revendication d’héritage. 📉
| Personnalité 🧑⚖️ | Part des Français la citant 📊 | Lecture possible 🧠 |
|---|---|---|
| Jordan Bardella 🟦 | 14% ✅ | Captation du symbole « autorité/ordre » malgré un héritage contesté. |
| Marine Le Pen 🟦 | 13% ✅ | Référence à la souveraineté, au risque d’un anachronisme historique. |
| Dominique de Villepin 🟨 | 9% ✅ | Image d’État et de diplomatie, associée à une posture « verticale ». |
| Édouard Philippe 🟩 | 8% ✅ | Crédibilité institutionnelle, mais héritage jugé incomplet par beaucoup. |
| Bruno Retailleau 🟩 | 8% ✅ | Marqueur d’autorité, lecture plus partisane que nationale. |
| Éric Ciotti 🟧 | 8% ✅ | Positionnement sécuritaire, lien gaullien discuté. |
| Éric Zemmour 🟥 | 8% ✅ | Référence à la grandeur nationale, mais clivage élevé. |
| Emmanuel Macron 🟪 | 5% ⚠️ | Usage institutionnel du récit gaullien, adhésion limitée dans l’opinion. |
| Nicolas Dupont-Aignan 🟪 | 5% ⚠️ | Positionnement souverainiste, audience restreinte. |
| Marion Maréchal 🟪 | 5% ⚠️ | Association symbolique, mais faible consensus. |
| Sébastien Lecornu 🟫 | 4% 🟤 | Profil régalien, notoriété insuffisante pour incarner un héritage. |
| Gabriel Attal 🟫 | 4% 🟤 | Image de génération, lien gaulliste peu identifié. |
| Xavier Bertrand 🟫 | 4% 🟤 | Ancrage territorial, mais faible projection nationale sur ce thème. |
| David Lisnard 🟫 | 3% 🟤 | Référence libérale locale, difficile à traduire en récit gaullien. |
| Laurent Wauquiez 🟫 | 2% 🟤 | Image clivante, identification gaulliste marginale. |
Le sondage a été réalisé du 15 au 17 juillet auprès de 1.001 personnes, représentatives des Français de 18 ans et plus. Ce cadre explique la solidité des ordres de grandeur, sans transformer ces résultats en prédiction électorale. 🧪

Journaliste de terrain spécialisée en géopolitique du Moyen-Orient, elle suit les affaires judiciaires et politiques iraniennes depuis dix ans. Formée à croiser les sources, elle privilégie les faits bruts aux interprétations hâtives.