Les incendies de l’été 2026 ravagent le sud de la France. Les images de forêts calcinées marquent les esprits. Pourtant, l’environnement reste absent de la campagne électorale. Les experts s’étonnent de ce paradoxe.
Pourquoi l’éco-anxiété ne pèse pas lourd dans les urnes
L’éco-anxiété progresse dans la société, mais elle ne se traduit pas dans les votes. Eddy Fougier, politologue à l’IEP d’Aix-en-Provence, observe ce décalage depuis plusieurs années. Selon lui, les crises climatiques récentes ne suffisent pas à modifier les priorités.
Une préoccupation réelle mais secondaire
L’Insee classe l’environnement en cinquième position des enjeux principaux pour les Français. Le pouvoir d’achat, la sécurité, la santé et l’immigration arrivent largement devant. Les canicules de 2019 n’avaient pas eu d’effet visible sur le résultat des élections municipales.
- 💶 Pouvoir d’achat : première préoccupation depuis 2022
- 🛡️ Sécurité : en hausse constante
- 🏥 Santé : priorité renforcée après la crise du Covid
- 🌍 Environnement : cinquième, loin derrière
Les électeurs semblent campés sur leurs positions. Un événement climatique brutal ne modifie pas leur choix de vote. Chacun reste ancré dans ses convictions politiques, quelles que soient les catastrophes.
L’écologie politisée, un repoussoir pour certains
Les partis qui portent la question climatique en tête de gondole ne récoltent pas les fruits de cette stratégie. Les Écologistes et La France insoumise n’enregistrent pas d’afflux de sympathisants. La théorie de la pastèque refait surface : vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur.
Le Rassemblement national a adouci son discours
Le parti d’extrême droite cite désormais certains rapports du Giec. Il tente de se montrer crédible sur le sujet. Mais sa rente électorale repose sur les électeurs climatosceptiques et anti-écologie. Il n’a donc aucun intérêt à changer profondément son approche.
Un écart se creuse entre les formations politiques. La gauche plaide pour la sobriété, voire la décroissance. La droite et le centre misent sur les technologies et le nucléaire. Les divergences restent profondes.
L’éco-anxiété, une angoisse saisonnière
Pour Eddy Fougier, l’éco-anxiété fonctionne comme une angoisse saisonnière. Elle surgit lors des canicules et disparaît des radars pendant le reste de l’année. D’autres crises prennent le relais dans l’esprit des électeurs.
Un événement comme la crise migratoire de Ceuta peut ainsi avoir plus d’impact politique que des semaines d’incendies. Les crises se succèdent et se neutralisent. L’urgence climatique peine à s’imposer dans le débat public.
Les candidats ne sont pas préparés
Les programmes électoraux restent flous sur la transition énergétique. Les candidats préfèrent évoquer des mesures immédiates et visibles. Ils peinent à construire un récit de long terme sur la politique environnementale.
Les associations de sensibilisation écologique réclament des engagements concrets. Elles attendent des propositions sur la rénovation des logements, les transports propres ou l’agriculture durable. Le silence des candidats les inquiète.
Quelle place pour l’environnement dans les programmes ?
Les experts s’interrogent sur la capacité des candidats à sortir des généralités. Les mesures concrètes manquent pour répondre à l’urgence climatique. La question du financement de la transition énergétique reste entière.
Le prochain quinquennat devra pourtant affairer à des choix structurants. Ceux qui ignorent cette réalité prennent le risque d’être confrontés à des événements extrêmes dès le début de leur mandat. Les échéances électorales de 2026 et 2027 montreront si ce constat s’impose.

Journaliste de terrain spécialisée en géopolitique du Moyen-Orient, elle suit les affaires judiciaires et politiques iraniennes depuis dix ans. Formée à croiser les sources, elle privilégie les faits bruts aux interprétations hâtives.